LE PROGRAMME APOLLO, RÉALITÉ ou FICTION...




Les atterissages lunaires ont ils réellement eu lieu?
Certains se sont posé et se posent encore la questions!

Des livres et sites internet prétendent démontrer que les missions Apollo ont été truquées et qu’aucun
homme n’a marché sur la Lune. Le phénomène pourrait être dédaigné, mais il s’avère qu’il exerce un
effet érosif sur les jeunes esprits, leur apprenant sciemment à ignorer les éléments de preuve et de
croire simplement à ce qu’on leur dit : l'antithèse même de ce qu’est la science.



«Garder l’esprit ouvert, mais pas au point que votre cerveau n’en tombe !»
Dr Richard Feynman (1918-1988), prix Nobel de Physique en 1965 et membre de la commission d’enquête sur l’accident de la navette Challenger.


Cette page reprend en quasi totalité mon article paru dans le magazine "Espace et Exploration" n°26, auquel je rajouterai de nouvelles informations.


INTRODUCTION


En anglais, on parle de Moon Hoax (canular lunaire). Pour résumer, personne n’a marché sur la Lune et les missions Apollo ne furent que des mises en scène, un énorme mensonge du gouvernement américain pour diverses raisons.
Dans d’autres variantes, l’exploration habitée de notre satellite naturel a eu lieu, mais les photos ont été retouchées (ou carrément reconstituées en studio) afin de cacher des éléments gênants (comprenez pour certains la présence d’engins ou de constructions extraterrestres). Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ces théories du complot n’ont pas attendu l’ère du web pour naître et se répandre. Tout a commencé lors du premier vol habité autour de la Lune…


Les prémices

Lors du vol circumlunaire d’Apollo 8 en décembre 1968, des idées de conspiration similaires font ainsi leur apparition, notamment auprès de personnes n’ayant pas bénéficié d’une éducation technique ou d’une sensibilisation à la science.
En effet, certains pensent que cela ne peut être réel et qu’il s’agit là d’une mise en scène perpétrée par leur gouvernement. Bill Anders, l’un des astronautes de la mission, pensa alors que les retransmissions télévisées en direct aideraient à convaincre les quelques sceptiques : regarder ainsi trois hommes flottant à l’intérieur d’un vaisseau spatial d’où eux-mêmes filmeraient la surface lunaire se trouvant à 100 km au-dessous aurait fait office de preuve. Hélas, tel ne fut pas le cas. Alimenté par les théoriciens de la conspiration de tout poil, le nombre de réfractaires à la réalité d’Apollo a malheureusement augmenté au fil du temps.



Le «patient zéro»

À tout seigneur, tout honneur… Cherchons ce qu’on nomme en médecine le «patient zéro», celui qui est le départ d’une épidémie… En l’occurrence, il s’appelle Bill Kaysing. Considéré par la plupart comme étant le père de la théorie du complot lunaire, il était loin d’être ce que l’on avance sur son compte, à savoir un ingénieur ayant travaillé sur Apollo. Mais alors, qui était donc réellement cette personne ?

William «Bill» Charles Kaysing est né en 1922 à Chicago. En 1949, il obtient un baccalauréat en littérature anglaise à l’université de Redlands. Il travaille quelque temps comme fabricant de meubles. Le 13 février 1956, il rentre chez l’industriel spatial Rocketdyne à Santa Susanna en Californie, au service de la documentation technique, où, d’après sa propre fille Wendy L. Kaysing, il devient rédacteur technique puis chef des publications. Son travail consiste à traduire et vérifier en langage commun les termes techniques concernant les propergols liquides.
Il quitte son poste le 31 mai 1963 pour raisons personnelles (page 80 de son livre, copie d’une lettre de son ancien employeur). En réalité, Kaysing est plutôt du genre baroudeur et à tendance anti-fédéraliste, aimant l’Amérique profonde, ses grands espaces, les motos et détestant le mode de vie déshumanisé des grandes villes, ce que son lieu d’habitation (Canoga Park) est devenu au fil des années. Il devient méfiant vis-à-vis de tout ce qui émane de ces endroits, en particulier du gouvernement, de ses pontes, de leurs oeuvres, des administrations et donc de la NASA qui est une administration fédérale.


William "Bill" Kaysing

Copie de la Lettre de Rockwell International parue telle que, dans le livre de Kaysing.

Une escroquerie de 30 milliards de dollars

C’est en 1975, trois ans après le dernier débarquement lunaire, que Bill Kaysing, parfois surnommé «Wild Bill Kaysing» (Bill le sauvage), publie à compte d’auteur, un ouvrage de 87 pages intitulé We Never Went to the Moon : America’s Thirty Billion Dollar Swindle (Nous ne sommes jamais allés sur la Lune : une escroquerie américaine à 30 milliards de dollars). Cet ouvrage fera prendre corps au Moon Hoax et lancera définitivement la machine à fantasme après l’apparition de quelques rumeurs orales au lendemain d’Apollo 8. Pour lui, la NASA a agi avec la participation de la DIA (Defence Intelligence Agency) selon le principe du : If you can’t make it, fake it (ce que tu n’arrives pas à faire, il faut le contrefaire).

Lors d’une interview radio avec l’animateur Nardwuar datant du 16 février 1996, il explique que c’est en 1959 qu’il se forgea son opinion.
Racontant, entre autres, avoir pris connaissance à l’époque d’une étude soviétique ayant découvert que l’intensité du rayonnement sur la Lune exigerait des explorateurs d’être vêtus d’une épaisseur de 1,22 m (4 pieds) de plomb pour éviter d’être tués… Ce qui, et vous en conviendrez, n’est franchement pas pratique pour se mouvoir ! En fait, ce blindage de 1,22 m ne repose sur rien de sérieux et les méthodes utilisées pour protéger les astronautes des radiations sont bien connues et documentées (voir à ce propos l’article page 62 dans E&E n°16).
Lors de cette même interview de 1996, Kaysing confirme son approche ancrée dans les théories du complot puisqu’il dé - clare à propos de l’accident d’Apollo 1 : «Non, ce n’était pas un accident. Ils les ont assassinés parce que, vous voyez, j’ai découvert très récemment que quand la NASA avait des ennuis, ils contactaient la CIA. Maintenant nous savons tous que la CIA a, et, peut tuer n’importe qui qu’ils veulent sans aucun remords que ce soit. Donc, c’est mon intuition que la CIA a été engagée par la NASA pour tuer très habilement Grissom, Chaffee et White».



Kaysing inspire toute une mode du complot

Dans son livre, Kaysing introduit certains arguments devenus de grands classiques du Moon Hoax, dont un abondamment repris : l’absence d’étoiles dans les photographies de la surface lunaire (nous y reviendrons plus en détail). Voilà qui en dit déjà beaucoup sur le niveau d’expertise de l’auteur… Ou plutôt le manque d’expertise, vous l’aurez compris.
Il faut savoir que Bill Kaysing est présenté par les partisans du complot lunaire comme un ingénieur, un spécialiste de la propulsion ! Mais, n’en déplaise à certains, ce n’est absolument pas le cas. Il est diplômé en littérature anglaise et titulaire d’une licence en immobilier, ce qui bien évidemment n’est en rien critiquable, mais qui concerne des domaines fort éloignés du statut de professionnel technique spatial qu’on lui prête parfois.
Malheureusement, Kaysing a pratiquement engendré une industrie de la supercherie. Ralph René (1992), Philippe Lheureux (2000), David Percy et Mary Benett (2000), Bart Sibrel (2001), Jarra White (2007) et des dizaines d’autres ont ainsi publié livres ou vidéos reprenant les thèses de Kaysing et du Moon Hoax. Certains sont peut-être sincères et pensent dénoncer un complot gouvernemental, mais il est clair que d’autres font surtout de l’argent en trompant le public par la dissimulation de preuves, en utilisant des descriptions trompeuses, des données erronées, voire racontent purement et simplement des mensonges.


Un seul canular, mais des théories tous azimuts…

Au fond, en y regardant d’un peu plus près, il n’existe pas qu’une seule version du complot lunaire… En effet, avec le temps, plusieurs dizaines avec leurs propres variantes ont vu le jour, chacun des conspirationnistes y allant de «son grain de sel» (pardon, je voulais écrire de son analyse minutieuse…). Kaysing lui-même changea d’ailleurs une partie de ses affirmations.
Au départ, il disait que les astronautes quittaient le pas de tir en secret avant le décollage et allaient au Nevada simuler la mission. En 2001, avec un nouvel ouvrage, il avança qu’ils arrivaient bien sur orbite terrestre, mais y restaient afin de truquer l’expédition lunaire à l’aide de films préalablement réalisés.
De Kaysing à ceux qu’il a inspirés, on constate que tout y passe ou presque. Dans les grandes lignes : de la scène tournée dans un studio, ou selon les préférences dans le désert de nuit, de l’utilisation de photos truquées pour masquer une certaine vérité scientifique que le gouvernement US veut garder pour lui tout seul, jusqu’aux petits hommes verts aidant, avec leur technologie, les hommes à réussir l’exploit d’un côté ou les faisant fuir de la surface lunaire en interdisant leur retour de l’autre. Très honnêtement, une chatte n’y retrouverait pas ses petits !

Un point commun toutefois à tous ces différents courants du complot lunaire : leurs auteurs ne répondent jamais réellement aux contre-arguments, surtout si techniquement ils contredisent totalement leur référentiel théorique. Généralement, ils passent rapidement à un autre argument avec lequel ils sont plus à l’aise (argument qui n’est pas pour autant plus pertinent…). Si cela ne suffit pas, ils disposent d’un véritable «joker» en lançant la puissance dont dispose un gouvernement comme celui des États-Unis pour contrefaire preuves et témoignages.
De plus, les différents courants du Moon Hoax en viennent même à se contredire entre eux. Des auteurs avancent que les missions ont été truquées pour tromper les Soviétiques et faire croire que la NASA avait remporté la course à la Lune pour les États-Unis. D’autres disent que l’Union Soviétique a été payée par le gouvernement américain pour ne pas révéler la supercherie. Il faut choisir…

Plus technique, des complotistes estiment que le déplacement des astronautes sur la Lune ne correspond pas à une marche avec 1/6ème de pesanteur. Mais d’autres avancent que tout a été simulé avec précision à l’aide
de câbles portant partiellement les hommes dans leur scaphandre. Là aussi, il y a une flagrante incompatibilité. Certes, même en science, des théories s’opposent, mais dans le cas du complot lunaire, nous voyons que contrairement à ce qu’avancent certains, il n’y a pas une vérité du complot contre la supercherie d’un gouvernement, mais en fait une avalanche d’idées farfelues sans cohésion.



… Mais surtout et toujours des théories d’emblée irréfutables

Cela pourrait se résumer de la part des tenants de la conspiration, sommairement à :
« C’est moi qui ai raison et puis c’est tout »

Partant de cet argument, tout échange rationnel avec eux pour leur démontrer les nombreuses erreurs qu’ils avancent est quasiment voué au fiasco. En effet, pour que n’importe qu’elle théorie puisse être traitée de manière scientifique et logique, il faut qu'elle soit réfutable, c’est la base !
Sans cela, point de démarche visant à trier le vrai, s’il y en a, du faux. De plus lors d’une discussion, le complotiste ne répond jamais réellement aux contre arguments, il en est inapte. Il passe rapidement à autre chose dès qu'il voit qu'il n'a pas le dessus. Car leur « truc » est de faire un melting pot de tout et de rien piochant ici et là les infos, pas forcément liées entre elles, nécessaires à faire survivre leur dires Ad vitam æternam.

« Messieurs les complotistes, sachez que la critique ne rebute pas les vrais scientifiques, elle fait partie intégrante de leur démarche. »

Le problème avec ces personnes, c'est qu'ils n'ont absolument pas de preuve que leur théorie, parmi la flopée qui existe, soit la bonne ! Mais au lieu de remettre en question leur point de vue, chose absolument inconcevable de leur part, ils vont imaginer que ces preuves existent bel et bien (l’absence de preuve est, pour eux, une preuve en soit), mais qu'elles ont été dissimulées ou détruites par des tierces personnes mystérieuses (peut être des mens in black ?) travaillant pour telle ou telle organisation de l’ombre.
Cela nous donne d’excellentes contradictions entre "les différents courants", dont nous citerons quelques exemples.
La plupart du temps, l’échange s’oriente même vers ce que l’on nommera « la foi aveugle».

« Contre la volonté de croire, il n'y a pas grand-chose qui soit efficace »
François de Closets, journaliste, auteur de "La Lune est à vendre" (Denoël, 1969)

Car une fois que l’option des preuves avancées de leur théorie est épuisée, car toutes réfutées, les complotistes passent au cran supérieur : ils s’enferment dans le dogme imperméable de la croyance, comme le ferait une huitre dans sa coquille !
Citons quelques exemples du plus lambda au plus religieux:

« Impossible que l'homme ai était sur la Lune. » (Sans aucune autre forme de procès)
http://www.mystere-tv.com/la-verite-sur-l-operation-lune-v1476-2.html

« C'est mon avis, c'est comme ça, tu ne me feras pas changer... Pour moi l'alunissage de 1969 n'a jamais eu lieu, c'est tout »
http://orbiter.dansteph.com/forum/index.php?topic=7344.25

« Pff franchement que ce qui nous prouve que ces types ont marchés sur la lune ?
Y a pas de preuve (tiens donc… Et d’où tirez-vous les vôtres ?) alors nous on n’y croit pas. »
http://www.nouvo.ch/s-030

« Arrête de stresser gars je te dis que j'y crois pas, me prend pas la tête en insistant avec tes liens ! Tu ne vas pas forcer un diabétique à bouffer du sucre alors me force pas à croire ce que je n’ai pas envie de croire !»
http://www.clubic.com/mag/culture/actualite-728807-nvidia-recree-premiers-homme-lune-prouver-authenticite.html

« Ben pourtant moi je sais que c’est vrai (en parlant du complot). Si le Seigneur avait voulu que l’Homme soit sur la Lune, il l’y aurait mis. Merci de ne pas participer à la désinformation monsieur Stellaire. »
http://www.traqueur-stellaire.net/2011/07/le-programme-apollo-entre-fascination-et-rumeurs-hoax/

Malheureusement pour eux, la conviction personnelle et la croyance religieuse n’ont rien à faire ici, car en ce qui concerne les atterrissages lunaires se sont des faits réels largement étayés tout d’abord par l’énorme masse de dossiers techniques prouvant à eux seul la faisabilité du projet ainsi que par de nombreuses preuves scientifiques autres que les photos ou vidéos ramenées. Pour cela, il suffit de faire des recherches adéquates plus ou moins poussées sur le sujet.

"Mais et c’est bien connu, l'état de moindre énergie chez l'être humain est la connerie, et comme passer à des niveaux supérieurs demande de gros efforts beaucoup restent dans cet état larvaire, se contentant d’avaler tout et n’importe quoi !"

Pour résumer, ceux qui "adhèrent" (croient) à la théorie que les américains ne sont pas allés sur la Lune ne sont pas dans le créneau du raisonnable car il s'agit justement d'une croyance. Elles sont réfractaires à toute forme de raisonnement logique... Indécrottablement réfractaires !

« Les arguments rationnels ne marchent pas sur les gens croyants. Sinon, il n'y aurait pas de croyants du tout! » Hugh Laurie (docteur House).




Analyse des vidéos Anglo-saxonnes

Avec l’évolution des techniques, les tenants du Moon Hoax sont assez rapidement passés de la pseudo-preuve photographique à celle des films. Est ainsi né un autre marché lucratif prenant la relève du livre : celui des documentaires vidéo «démontrant» la supercherie.

Deux ont particulièrement retenues mon attention: “What happened on the moon?” et “A Funny Thing Happened on the Way to the Moon”.

Le documentaire “What happened on the moon?” réalisée en 2000, expose les recherches de David Percy et Mary Bennett, auteurs du livre “Dark Moon: Apollo and the Whistle-blowers”.
Leur théorie reprend l'affligeante légende urbaine du "Moon Hoax" la plus répandue, qui veut que les photos et vidéos du programme Apollo aient été prises en studio, et que les astronautes n'aient jamais été plus loin que l'orbite terrestre basse. Mais cette fois-ci, Percy et Bennett introduisent une subtilité dans leur approche: d’après eux, les auteurs du canular ont intentionnellement laissé, par-ci par là, des indices permettant aux chercheurs indépendants de les confondre.

Au final, non seulement cette vidéo est longue… Très longue, très… Très longue (environ 3h20)! Mais en plus ennuyeuse et ridiculement ringarde valant son pesant de cacahuètes, désoler mais il n’y a pas d’autres moyens de la présentée autrement. De plus les arguments qui y sont exposés sont d’une faiblesse intellectuelle autant dire hors du commun servis par de soi-disant experts, s’exprimant visiblement en dehors de leur domaine de compétence.

Un exemple concret, et dès la neuvième minute (9:10 pour être précis) : David Percy nous montre une vidéo d'Apollo 16 décrivant le "Jump Salute" de John Young (l’astronaute bondit et salue alors qu’il est en l’air) qui selon lui pose un problème de continuité. Son argument est qu'un volet de protection en tissu Béta se soulevant du PLSS (Primary Life Support System, le «sac à dos» des scaphandres hébergeant le système de support-vie dont l’alimentation en oxygène) est visible dans la photographie prise de face par Duke, mais pas dans la vidéo prise depuis l’angle arrière par l’appareil monté sur le LRV. Ce qui prouve, selon lui, que la photo fixe et la couverture télévisée en direct n’ont pas saisi le même événement.



Le plan posant problème sous différents angles de vision.
Photo en couleur AS16-113-18339 de face, en N&B capture d'image de la vidéo prise par la caméra du LRV par l'arrière.


Sa logique en apparence fondée : deux caméras enregistrant la même scène doivent enregistrer les mêmes détails.
Cela aurait pu être un bon argument, si seulement Percy n’avait pas, premièrement confondu les volets de protection recouvrant l’OPS (Oxygen Purge System, système de purge qui constitue le sommet du «sac à dos» ou PLSS), nous montrant délibérément le volet arrière central (avec les 3 pressions) alors que celui qui se relève se trouve être le volet avant droit qui maintient l’antenne en position rangée. Or, du fait de sa véritable position, ce volet en tissu n’est pas visible par l’objectif de la caméra du rover lunaire.


Ce détail de l’OPS au sommet d’un PLSS d’entraînement montre bordée en rouge par nos soins la pièce de tissu tenue par trois boutons pression que David Percy croit voir soulevée lors du «Jump Salute». En fait, c’est une autre pièce de tissu (bordée de vert) qui est en cause et son emplacement contre le casque explique pourquoi la caméra du rover n’était pas dans le bon angle pour la filmer.

Dans son documentaire, David Percy montre (main rajoutée dans la vidéo par le réalisateur) la pièce de tissu qui selon lui s’est soulevée et qui devrait être visible par une caméra fixée sur le rover lunaire. Soulignons que Percy n’utilise pas ici une image de la mission Apollo concernée, mais un extrait de la série De la Terre à la Lune (épisode 10 à la 38ème minute) de Tom Hanks qui racontait le programme lunaire (sans le remettre en cause) !

John Young lors d’une marche lunaire d’Apollo 16. On note le volet en tissu en haut du «sac à dos». Sur ce cliché, il est encore plus évident qu’il s’agit de celui que j'ai montré en vert (première photo)

Comme d’autres complotistes, Percy se satisfait de conclusions hâtives du moment qu’elles vont dans son sens alors que le sujet exige un examen technique minutieux et la capacité à se remettre en cause.



La seconde vidéo, “A Funny Thing Happened on the Way to the Moon” fut réalisée en 2001 par Bart Sibrel autoproclamé journaliste d’investigation, en réalité un ancien caméraman devenu depuis, aux dernières nouvelles (2009), chauffeur de taxi à Nashville.
Cette vidéo fait également la part belle aux explications douteuses. La liste pourrait remplir un annuaire !

À la 21ème minute (21 : 04), le réalisateur affirme par la voix off de la vidéo que la NASA a utilisé son satellite TETR-A pour relayer le son, les images et les données de télémétrie comme si c’était des données réelles provenant du vaisseau Apollo afin de tromper les contrôleurs au sol. De cette façon, les contrôleurs n’ont pas eu à savoir que c’était un canular; ils pensaient qu'ils travaillaient réellement sur une véritable mission.
Pourtant, une petite plongée dans la logique des missions lunaire montre que l’argument ne tient pas, ce journaliste d’investigation aurait dû mieux investigué.

Contrairement à ce que laisse penser Sibrel, les contrôleurs au sol ne recevaient pas directement les signaux de l’espace.

En effet, premièrement il y avait deux groupes de personnes qui traitaient les signaux de télémétrie pendant un vol Apollo, donc deux fois plus de personnes à bernées. Les opérateurs du réseau de poursuite pour les vaisseaux spatiaux pilotés (Manned Spaceflight Network ou MSFN), qui eux recueillaient les signaux radio en provenance de l’espace et les relayés sur des lignes terrestres au centre de contrôle des missions (Mission Control Center ou MCC) où ils étaient rassemblés et affichés. Et les contrôleurs de vol, qui à leur tour, interprétaient les données et prenaient des décisions affectant la mission.
Secundo, au vue de la conception du MSFN, un satellite n’était absolument pas nécessaire pour former les contrôleurs de vol, je m’explique :
les simulations étaient faciles à mettre en place. Les instructeurs déconnectaient simplement les stations périphériques à partir de la centrale du MSFN et substituait un flux équivalent de données simulées, créé par leur propre équipement au sol. Les contrôleurs du MCC ne savaient ou ne se souciaient pas d'où provenaient les données. Ce système a été spécifiquement conçu de cette sorte afin que les simulations soient impossibles à distinguer d’une vraie mission.

- Bon pour le coup, après on peut discuter qu’effectivement c'était possible pour les contrôleurs au sol de se laisser berner par des données simulées.

Oui, peut-être ??… Mais quoiqu’il en soit et quoique maintienne la vidéo, on n’avait pas à utiliser un satellite pour le faire, c’est tout !

Ceux qu’il fallait berner avec un tel stratagème étaient en revanche les opérateurs du MSFN. Mais ils ne pouvaient absolument pas se laisser berner par un satellite. Car leurs antennes devaient viser avec précision la source du signal, et un satellite ne suit absolument pas la même trajectoire dans le ciel qu'un vaisseau spatial Apollo entrant (TEI) ou sortant (TLI). En effet, leur capacité à localiser le vaisseau Apollo est tout simplement fabuleuse. Ils étaient en mesure d'utiliser le décalage Doppler du signal radio pour déterminer la trajectoire de vol précise de l'engin spatial.
On voit dès lors qu’un satellite TETR-A sur une orbite allant d’une altitude de 287 à 490 km et qui tournait autour de notre planète en seulement 92 minutes ne pouvait pas simuler un engin habité se dirigeant vers la Lune à environ 400.000 km de nous.
Si ces personnes ne pouvaient pas être trompées par un satellite alors elles devaient être inclus dans la conspiration. Mais ont pouvaient également simplement leur dire de faire semblant de suivre un vaisseau spatial et d’acquérir ses signaux. L’utilisation du satellite TETR-A était une nouvelle fois complètement hors de propos.
Par ces faits, le satellite TETR-A n’était ni nécessaire pour tromper les contrôleurs du MCC, ni suffisant pour tromper les opérateurs du MSFN.
À nouveau, nous constatons que l’argument soi-disant expert avancé par le complotiste trahit surtout sa méconnaissance technique abyssale du programme Apollo.

Par ces deux exemples, je tiens à souligner certaines pratiques couramment utilisées par ce genre de "réalisateurs". Les différentes techniques utilisées sont ici une combinaison de simples affirmations et d’exemples erronés suivis par une généralisation renvoyant aux exemples montrés, de manière d'impliquer l'affirmation comme étant prouvée. Pour quelqu'un qui a même un minimum de compréhension dans les différentes sections comme la photographie, la perspective, le parallaxe, la physique et les sophismes, les arguments présentés sont vus rapidement comme des aberrations.




Page 02 : arguments, contre arguments.



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Lexique :

"Chercheur indépendant" (sous entendu : chercheur de vérité) : personne sans aucune qualification réelle dans les domaines qu'il aborde. Pouvant tour à tour, s’improviser analyste imagerie, ingénieur aérospatial, technicien textiles industriels, graphiste (un vrai caméléon, quoi !).